Après l’élimination en huitièmes de finale de la CAN 2025 des Étalons du Burkina Faso face aux Éléphants de Côte d’Ivoire, le football burkinabè doit opérer une rupture culturelle profonde.
L’élimination des Étalons du Burkina Faso à la CAN 2025 au Maroc a laissé un goût amer dans la bouche de tout un peuple. Une nouvelle fois, malgré des éclairs de talent, des remontadas spectaculaires en phase de groupes et une combativité légendaire, le rêve d’une première étoile continentale s’est éteint prématurément.
Les réactions qui ont suivi, colère, désillusion, ras-le-bol, révèlent une prise de conscience collective : la performance n’est pas seulement une question de joueurs, de tactique ou de moyens financiers. La performance est culturelle, révéle Daouda Sanou Famoso, ancien Directeur Technique National et observateur du football burkinabè.
Juliette Tournand, dans sa réflexion sur « La Stratégie de la bienveillance », identifie quatre piliers essentiels d’une véritable culture de la performance :
1- La Clarté : l’objectif doit être posé sans ambiguïté. Pas de « bien figurer » ou « faire un beau parcours ». L’objectif, c’est le titre, ou à minima le dernier carré continental, de façon répétée.
2- La Réciprocité : chaque acteur, joueurs, staff, dirigeants, supporters, doit se sentir en sécurité pour dire ce qu’il pense, proposer, critiquer… et savoir que son message sera réellement entendu et pris en compte.
3- La Bienveillance : accepter que l’erreur, le doute, la sortie du cadre existent. C’est précisément dans ces moments que naît le possible, l’innovation, la résilience.
4- La Capacité d’innover : face au blocage, il faut avoir le courage de rompre avec les habitudes, les schémas mentaux, les routines confortables, et oser une situation nouvelle.
Pendant des décennies, le football burkinabè a cultivé une culture de la participation honorable : on est contents d’être là, on joue les trouble-fêtes, on fait vibrer le pays, on arrache des exploits ponctuels. C’est respectable. Mais cela ne suffit plus.
Pour viser le sommet continental, il faut basculer vers une culture de la réussite.
Concrètement, cela passe par des actes forts et non par de simples discours :
1- Instaurer et imposer de nouveaux critères de sélection rigoureux aux entraîneurs nationaux. Finis les choix de confort, les arrangements, les pressions extra-sportives. Seule compte la forme du moment, l’adéquation au projet de jeu, la complémentarité avec le collectif.
2- Engager l’ensemble des acteurs dans un défi collectif national : joueurs, entraîneurs de clubs, centres de formation, dirigeants, sponsors, médias, supporters. Un seul but, une seule ambition partagée.
3- Travailler véritablement en équipe avec les entraîneurs pour co-construire des solutions, plutôt que de leur mettre la pression sans leur donner les moyens d’y arriver.
Mais au-delà de ces mesures opérationnelles, la vraie révolution doit être épistémologique d'après Daouda Sanou Famo.
Le modèle actuel qui gouverne le football burkinabè est inadapté à la complexité du très haut niveau. Il reste trop souvent centré sur la gestion administrative et financière, au détriment des dimensions culturelle, scientifique et humaine.

Proposition concrète de Daouda Sanou Famoso : la création, au sein de la Fédération Burkinabè de Football, d’une Cellule de Recherche et d’Intelligence Footballistique, animée par un haut cadre technique expérimenté et reconnu.
Cette cellule aurait pour missions principales :
● Décrypter les meilleures pratiques mondiales et africaines (Maroc, Sénégal, Côte d’Ivoire, Nigeria, Algérie, etc.)
● Analyser objectivement nos propres performances et nos échecs
● Partager connaissances, expériences, réflexions et savoirs avec tous les acteurs du football national
● Accompagner les entraîneurs et les joueurs dans les situations complexes
● Manager les crises et les moments de doute
Car la performance de haut niveau est par nature complexe et imprévisible. Les situations de match ne sont jamais reproductibles à l’identique. Il y a toujours une part de surprise, d’aléa, d’émotion. Préparer une équipe en lui faisant croire que « rien ne peut lui arriver » est la meilleure façon de la condamner à l’échec.
Faire du sport de haut niveau, c’est d’abord apprendre à gagner en apprenant de ses défaites. Il est temps de passer de la fierté de participer à l’exigence de gagner. Il est temps de transformer la résilience en habitude de victoire. Il est temps, pour le Burkina Faso, d’écrire une nouvelle page de son histoire footballistique. Le peuple burkinabè le mérite. Les Étalons en sont capables. À nous de créer les conditions pour que la culture de la réussite devienne enfin notre nouvelle normalité, conclut Daouda Sanou Famoso.
Ablam GNAMESSO
